| > Contactez-nous > Plan du site > Accueil > English |
|
Le textile technique au secours d'une industrie en déclin Fourni à titre gracieux par Les Affaires Les Affaires, 9 février 2008 Vêtements de protection pour les pompiers, les militaires ou les chirurgiens, sièges de véhicules antitaches et antiacariens, pales d'éolienne, pansement qui aide à cicatriser plus rapidement, veste avec lecteur MP3 intégré : la très ancienne industrie textile entre de plainpied dans l'avenir. Un avenir qui se tisse intelligemment par les entreprises qui ont un parti pris pour l'innovation et le développement de nouveaux tissus et matériaux, appelés textiles techniques. « On voit ce qui arrive aux entreprises qui oeuvrent dans le textile traditionnel. Elles délocalisent leurs unités de production, elles ferment leurs portes ou se tournent vers des produits à valeur ajoutée », dit Jacek Mlynarek, président-directeur général du Groupe CTT. Rattaché au Cégep de Saint-Hyacinthe, ce Centre des technologies textiles se spécialise dans le développement de matériaux et l'avancement technologique de cette industrie. Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins, abonde dans le même sens. L'audace paie. Les entreprises du secteur textile qui se sont démarquées, ou qui veulent le faire, n'ont pas le choix de penser « valeur ajoutée ». « Le mot clé, c'est "innovation". Le secteur textile est en transition et les entreprises qui prennent le virage technique ont plus de chances d'être viables », dit Huguette Biage-Major, conseillère en développement industriel au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation. Virage technologique « Seules les entreprises innovantes ont de l'avenir », croit aussi François Simard, vice-président à la recherche et développement chez Stedfast, une entreprise de Granby. Fondée en 1930 par la bostonnaise Stedfast Rubber, Stedfast a été acquise en 1979 par un groupe d'investisseurs canadiens qui a profité de la faillite de la société mère pour transformer cette filiale en un fabricant de textiles haut de gamme. Dix ans plus tard, à l'arrivée de M. Simard, Stedfast mettait en place une division R-D et investissait massivement afin de se doter de nouveaux laboratoires et d'embaucher une équipe d'ingénieurs et de chimistes. Sa mission : mettre au point les tissus de protection les plus performants sur le marché. En 1990, une première innovation conduit à l'obtention d'un contrat pour des vêtements de camouflage militaire de la Défense canadienne. Depuis, l'entreprise a connu une forte expansion. Ses revenus, qui ont triplé depuis cinq ans, proviennent à 55 % de ses ventes à l'étranger. Annabel, une société de Drummondville spécialisée dans l'impression et la finition textile, s'est aussi repositionnée ces dernières années dans des tissus techniques. « Sans ce virage, qui sait où nous serions aujourd'hui », dit le vice-président, Nicolas Derumeaux, en évoquant les problèmes de rentabilité rencontrés par l'entreprise au tournant des années 2000. Implantée en 1996 par une société familiale belge créée en 1972, Annabel s'est récemment spécialisée dans l'impression de tissus pour les vêtements de camouflage des soldats canadiens. Ses efforts de R-D sont aussi concentrés dans le développement de protections antitaches et antimicrobiennes de tissus destinés aux secteurs de l'ameublement et des transports. Secteurs porteurs « Il y a des secteurs porteurs pour lesquels des entreprises d'ici ont déjà acquis des expertises reconnues », dit Jacek Mlynarek. Il cite le domaine des vêtements de protection (civils et militaires), les secteurs du transport, de la construction, des sports et loisirs et de la médecine. « On confond toujours textile et vêtement. Mais le textile est partout, et pas seulement dans l'habillement et l'ameublement. On le retrouve dans l'aéronautique, la construction, l'agriculture et même la médecine, où il y a d'excellentes occasions d'affaires », souligne Linda Cyrenne, chargée de projet au Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie textile du Québec. Stedfast, par exemple, a aussi conçu des tissus pour les blouses de chirurgien qui empêchent les liquides de perler sur le champ opératoire. Ces vêtements peuvent être lavés, stérilisés et réutilisés. Fondée en 1832, la société JB Martin est une autre entreprise qui a pris le virage technique. Ses tissus, qui optimisent les propriétés de matériaux composites tels la fibre de verre et le carbone, se retrouvent notamment dans des carlingues d'avions et des coques de bateaux. L'entreprise lavalloise Soleno Textiles a développé des membranes géotextiles, c'est-à-dire des membranes synthétiques qui s'étendent sur le sol comme un tapis et qui servent au drainage lors de la construction de routes et de stationnements. E = mc2 Mais il n'y a pas que l'innovation et le développement de produits de niche qui permettront aux entreprises d'ici de se démarquer. « Ce n'est pas suffisant. Une bonne idée n'ira nulle part si elle n'est pas connue. Il faut aussi mettre l'accent sur la commercialisation », estime François Simard, qui transpose la célèbre équation E = mc2 d'Einstein, en Expansion = marketing multiplié par la créativité au carré. Autre enjeu : la pénurie de main-d'oeuvre. « Il manque d'ingénieurs textiles, une spécialisation qui n'existe pas ici, pour se donner les outils d'innover », note Olivier Vermeersch, lui-même ingénieur textile et titulaire d'un doctorat obtenu en France. Car malgré les nombreux licenciements, l'industrie manque de personnel technique et spécialisé. « Il faut ajuster l'offre de main-d'oeuvre, offrir de la formation pour combler des postes », dit Huguette Biage-Major. Le textile étant perçu comme un secteur mou, les jeunes ne semblent pas intéressés à y travailler. « Ce n'est pas aussi glamour que des secteurs comme le multimédia, mais malgré les perceptions, le textile est une industrie portée par la technologie et l'innovation où les salaires sont très compétitifs », fait valoir Linda Cyrenne. © 2007 LesAffaires.com
|